Philosophie d’À Tire-d’Aile, CALACS
À Tire-d’Aile, CALACS croit que l’agression sexuelle exercée
principalement sur les femmes et les enfants réfère à
un problème de société. Nous considérons qu’il
s’agit avant tout d’un abus de pouvoir.
À partir de ce constat, le choix d’intervenir dans une perspective féministe a été fait. Les actions privilégiées visent à faire prendre conscience des attitudes, des préjugés et des valeurs sexistes ainsi que des effets négatifs de la socialisation sexuelle. À Tire-d’Aile, CALACS dénonce la violence à caractère sexuel sous toutes ses formes.
La participante ayant vécu une agression à caractère sexuel est encouragée à libérer ses émotions et à exprimer ses besoins en intervention individuelle et/ou de groupe. À Tire-d’Aile, CALACS lui rend accessible l’information sur les mesures médico-légales, sur ses droits et les recours possibles. Si tel est son choix, elle est supportée lors de la dénonciation, accompagnée dans les démarches judiciaires et si elle le désire, un soutien à ses proches sera offert. Pour briser l’isolement social, l’intervention de groupe, composé de femmes et/ou d’adolescentes, est préconisée.
L’intervention individuelle et de groupe n’est pas satisfaisante si les services socio-juridiques et la société en général entretiennent des préjugés tenaces. C’est pourquoi la sensibilisation du milieu à la problématique et aux conséquences des agressions, ainsi que la collaboration avec les organismes du milieu sont incontournables afin d’offrir des services variés qui répondent aux réels besoins des femmes et adolescentes ayant vécu une agression à caractère sexuel.
ANALYSE FÉMINISTE ET VIOLENCE SEXUELLE FAITE AUX FEMMES
DISCRIMINATION ET VIOLENCE FAITES AUX FEMMES - EXPRESSION ET MANIFESTATIONS DES INÉGALITÉS DE POUVOIR ENTRE HOMMES ET FEMMES ET DE L’OPPRESSION FAITE AUX FEMMES.
Pour nous, les agressions sexuelles sont une des formes que peut prendre la violence qui est faite aux femmes dans notre société. Les femmes peuvent être (et sont effectivement) battues, violées, tuées par des hommes qui peuvent être des étrangers, mais aussi et le plus souvent, les personnes avec qui elles entretiennent des relations personnelles, intimes, quotidiennes ou sociales. C’est un phénomène répandu, courant.
Cette violence est l’expression extrême, une des formes les plus “aigües” de l’oppression, de la discrimination que vivent les femmes dans notre société. L’inégalité de pouvoir entre les hommes et les femmes est comme une toile de fond. Elle s’exprime, se concrétise de plusieurs façons, prend plusieurs formes.
COMMENT SE FAIT-IL QUE LES AGRESSIONS À CARACTÈRE SEXUEL SE PERPÉTUENT?
"En raison des inégalités existantes entre les sexes et de leur socialisation sexiste, les femmes se retrouvent dans une position où elles sont plus vulnérables à la violence notamment aux agressions à caractère sexuel. Aussi, bien qu’ils n’expliquent pas tout, les trois facteurs suivants, inspirés de “Freeing our lives” - A feminist Analsis of Rape Prevention (1978), permettent de mieux comprendre les motifs sous-jacents à l’existence même et à la perpétuation des agressions à caractère sexuel dans notre société.
1) Le manque d’information et de compréhension de la problématique
Le manque d’information objective et de compréhension de la problématique contribue à l’existence et à la perpétuation des agressions à caractère sexuel. Souvent, l’information que détient la population est incomplète ou faussée par les mythes et les préjugés entourant, par exemple, les victimes, les agresseurs, les circonstances de l’agression, les causes, les conséquences et les solutions au problème. Aussi, afin d’apporter une information plus juste sur les agressions à caractère sexuel, les CALACS ont choisi de les redéfinir à partir du vécu et des expériences des femmes.
2) La dépendance des femmes envers les hommes
En raison des rapports inégaux de sexes, les femmes n’ont pas accès, de façon égalitaire, à l’expression et à l’exercice du pouvoir (économique, politique, social, structurel). Cela a pour effet de limiter leur participation dans plusieurs instances décisionnelles, instances qui ne sont pas ou peu représentatives de leurs intérêts et de leurs besoins et qui portent donc atteinte à la qualité de leurs conditions de vie.
Sous le poids des structures sociales et économiques, de la peur et des menaces de violence, les femmes se retrouvent donc souvent dans des situations maintenant et favorisant leur dépendance, leur impuissance et leur insécurité.
3) L’isolement des femmes
L’isolement des femmes est relié à des structures sociales discriminatoires qui placent les femmes dans une position limitant leur auto-détermination et leur participation égalitaire à la société. Cet isolement (géographique, psychologique, social) est accentué par différentes situations personnelles et sociales; nous pouvons entre autre nommer la pauvreté, la monoparentalité et les problèmes de santé mentales comme étant souvent des situations synonyme de stigmatisation et d’isolement pour les femmes. De plus, les femmes vivant une situation marginale par rapport aux autres femmes se retrouvent encore plus isolées; qu’on pense aux femmes immigrantes, aux lesbiennes, aux femmes handicapées physiquement ou intellectuellement, aux femmes autochtones, aux femmes incarcérées, aux prostituées et aux femmes itinérantes.. De ce fait, elles se retrouvent dans une position qui les fragilise et favorise davantage la violence faite à leur égard.
D’autre
part, l’isolement des femmes face à la menace des agressions
à caractère sexuel est un facteur qui contribue à les
rendre plus vulnérables à celles-ci. Isolées, les femmes
ont moins d’emprise sur les solutions à mettre de l’avant
pour contrer les agressions à caractère sexuel. En se regroupant,
les femmes peuvent donc développer des stratégies collectives
pour réagir et lutter contre cette violence et effectuer des changements
sociaux, politiques et légaux."1
1
Tiré de RQCALACS, "La base d'unité", 2001